Le golf écolo, un rêve ? Version imprimable

Paul Casey, photo AFP

Jean Philippe Angers
La Presse

Collaboration spéciale

Le terrain de golf est souvent associé à l’idéal d’une pelouse parfaite. Il n’est donc pas surprenant que la bataille contre les pesticides y soit encore plus ardue.

Cet été, partout au Québec, on devait en principe cesser d’utiliser des pesticides potentiellement nuisibles pour la santé. Partout ? Non. Les propriétaires de terrains de golf résistent encore.

En vertu du Code de gestion des pesticides, adopté en 2003, les golfs ont dû déposer, en avril dernier, un plan triennal de réduction des pesticides. De fait, on a fixé un objectif de 25 %. Jacques Landry, directeur général de l’Association des terrains de golf du Québec, concède que 25 % de réduction pour les golfs, ce ne sera pas catastrophique. « Notre position, c’est que, de toute façon, les golfs ne sont pas fautifs , précise-t-il. Les propriétaires font affaire avec des surintendants qualifiés qui font du très bon travail. On croit qu’il n’y a pas d’utilisation abusive de façon générale sur les terrains de golf du Québec. »

 

Au ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, on parle d’une approche « progressive ». « Les terrains de golf ont dû, avec l’apport d’un agronome, établir un plan de réduction. Si les objectifs du plan ne ont pas respectés après trois ans, on veut savoir pourquoi », explique Hélène Weber, chef de service pour les pesticides. « Comment ce sera analysé ? Qui fera le suivi ? » s’interroge pour sa part Micheline Lévesque, agronome et directrice de l’entreprise d’experts-conseils Solutions alternatives environnement (SAE). « Les codes, les règlements sont un bon pas, mais il n’y a pas d’argent investi pour les faire appliquer. »

Quel est le niveau respectable d’utilisation ? Il semble difficile d’évaluer avec précision les impacts des pesticides sur la santé publique et sur l’environnement. Micheline Lévesque, également auteure du Guide complet des pesticides à faible impact et autres solutions naturelles, compare le dossier des pesticides à celui de la cigarette. Mieux vaut prévenir que guérir, dit-elle. « On n’attrape pas le cancer à sa première bouffée de cigarette », illustre Mme Lévesque. Elle a côtoyé des surintendants de terrains de golf qui travaillaient sans gants, juste en souliers de course et lui disaient : « Ça fait 30 ans que je travaille avec des pesticides, je ne suis pas mort. » Mme Lévesque leur explique qu’il y a « la toxicité aiguë, avec des symptômes dans les minutes qui suivent (mal de tête, maux de cœur), mais aussi la toxicité chronique, qui peut prendre 20-30 ans avant de se manifester ». À ceux qui lui répondent « prouvez-le », Mme Lévesque rappelle que « pendant longtemps les compagnies de tabac ont réussi à créer un doute sur le danger potentiel de la cigarette ». Alors, dit-elle, « pourquoi prendre le risque ? »

C’est justement ce que s’est dit Thierry Brochu. Au printemps 2004, le jeune homme s’occupe des derniers détails entourant l’achat d’un terrain sur lequel il veut se faire construire une maison à Notre-Dame-de-l’Île-Perrot, à proximité du golf Atlantide. En jouant au hockey un certain soir, un ami lui demande : « Tu n’as pas peur des pesticides ? » L’inquiétude le prend, mais le contrat d’achat est déjà signé. Il est très difficile et coûteux de faire examiner un terrain pour prouver qu’il y a des contaminants. À l’hôpital Sainte-Justine, on le dirige vers Mme Lévesque, qui lui parle de l’incidence de cancer plus élevée chez les enfants en bas âge exposés aux pesticides. Avoir un enfant était dans les plans de Thierry et de sa compagne Catherine. Finalement, à cause d’un point technique, Thierry Brochu a pu rompre le contrat. « Je me disais : ces produits sont sur le marché, ça ne doit pas être si pire que ça, souligne-t-il. Maintenant, je suis éveillé à cette réalité. »


Un projet à l’Île-des-Soeurs


Un golf écologique, est-ce possible ? C’est en tout cas le défi lancé par le Golf Trinité de l’Île-des-Sœurs. Le projet, sur la table depuis plus d’une décennie, semble plus que jamais sur le point de se concrétiser. L’ouverture est prévue pour 2008. Le Trinité, golf, spa et sanctuaire, s’appuie sur la permaculture, démarche visant à travailler avec la nature plutôt que contre elle. C’est ainsi que les marais seront reliés entre eux par un réseau qui puisera sa source d’eau dans le fleuve et contribuera à revitaliser celle du lac des Battures.

« On a la fâcheuse habitude de vouloir éliminer tous les insectes. Pourtant, plusieurs espèces non nuisibles peuvent être d’un grand secours pour éliminer les espèces ravageuses », indique Matthew Calpakis, président de Trinité. De plus, il faut comprendre que l’utilisation de pesticides engendre une dépendance au même titre que la cigarette. Plus on alimente le terrain avec des pesticides, plus il en aura besoin, fait remarquer Claude William Genest, coordonnateur écologique pour le golf et vice-président du Parti vert au Québec. Aussi, tout est dans la préparation. Un bon sol, épuré, fait de sable, de limon, d’argile et de matière organique, est déjà une bonne garantie.

 
 

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